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  Origine du langage : une approche interdisciplinaire
Vendredi 19 Septembre 2003

Agora des Sciences
61 La Canebière, 13001 Marseille
Tél : 04.91.14.37.60

En partenariat avec le CCSTI-Agora des Sciences
 
 
Présentation
 

Les recherches sur l'origine de l'homme et du langage ont connu un développement rapide ces dernières années grâce à l'approche interdisciplinaire. Les sciences cognitives ont contribué de façon significative à ces progrès, à travers les recherches des anthropologues, des biologistes, des linguistes, des psychologues, et également des archéologues et des roboticiens.
L'objectif de ce colloque est de faire le point sur les travaux des disciplines concernées par la question de l'origine du langage. Les différentes hypothèses et modèles proposés donneront lieu à débats avec l'objectif de favoriser les échanges interdisciplinaires.

Organisateurs de la journée : Philippe Blache, Christine Meunier, Jacques Vauclair

 
Programme
 
Introduction
support
[pdf]
Cerveau et comportement des primates : implications pour les théories de l'origine du langage
Jacques Vauclair
Centre de Recherche en Psychologie de la Connaissance du Langage et de l'Emotion, Aix-en-Provence
support
[pdf]
Le langage, une niche écologique très particulière
Jean-Louis Dessalles
ParisTech Telecom, E.N.S.T. - Dep. Informatique & Réseaux
Langue unique et parole de Neandertal : deux erreurs fondamentales
Louis-Jean Böé
Institut de la Communication Parlée INPG - Université Stendhal, Grenoble - UMR 5009
Des capacités de contrôle orofacial à l'émergence d'un langage articulé : données et simulations dans le cadre de la robotique de la parole
Jean-Luc Schwartz
Institut de la Communication Parlée, Grenoble
support
[pdf]
De l'origine du langage à l'origine des langues
Christophe Coupé
Laboratoire de Dynamique des Langues, Lyon
De l'origine du langage à la diversification des langues. Hypothèses et données archéologiques
Francesco d'Errico
Institut de la Préhistoire et de Géologie Quaternaire, Bordeaux

 
Résumés
 
"Langue unique et parole de Neandertal : deux erreurs fondamentales."
Louis-Jean Böé
(Institut de la Communication Parlée INPG - Université Stendhal, Grenoble - UMR 5009)
Résumé : Les domaines pluridisciplinaires sont, de par leur nature composite et leurs traditions de développement, perméables à des théories qui ont été élaborées en dehors de leurs propres champs d'investigation. Les Sciences de la Parole et du Langage n'échappent pas à ce phénomène de pénétration. Ce processus de propagation des connaissances est bien illustré, par exemple, avec l'utilisation de théories issues de la génétique ou de l'archéologie pour corroborer des classements de familles linguistiques. A cette spécificité, due au caractère pluridisciplinaire de la parole et du langage, il faut en ajouter une autre liée à la nature même de l'objet de recherche. La parole - pierre de touche pour le moins philosophique, cognitive et linguistique - confère un statut singulier à l'homme en tant qu'espèce vivante. Les conditions de son émergence, la nature de sa production, la compréhension de son acquisition et de sa pathologie, l'exploration de sa diversité dans les langues du monde, suscitent autant de questions qui restent, pour certaines d'entre elles, très largement débattues alors qu'elles renvoient, en même temps, à des intuitions, à des croyances et à des mythes plusieurs fois séculaires.. Dans les débats qui sont menés actuellement dans le cadre de l'origine des langues et de la parole deux questions émergent parmi les multiples interrogations :
  • Les langues parlées actuellement sont-elles issues d'une langue unique ?
  • L'Homme de Neandertal était-il doué de parole ?
A chacune de ces questions récurrentes, des réponses très controversées ont été apportées. Parmi celles-ci deux ont été et continuent à être largement médiatisées :
  • Depuis une quinzaine d'années, les travaux de Merritt Ruhlen en matière de typologie génétique des langues, basés sur la recherche directe de ressemblances de formes sonores et de sens dans des items lexicaux de différentes langues, tentent de valider l'hypothèse selon laquelle une seule et même proto-langue universelle serait à l'origine de toutes les langues parlées à la surface du globe. Dans son ouvrage The origin of Language. Tracing the evolution of the mothertongue (1994), Ruhlen apporte de nouveaux éléments en faveur de cette thèse. Pour l'étayer, il adopte une méthodologie qui lui permet de rechercher et de trouver des équivalences phonologiques et sémantiques entre items de différentes langues en établissant un travail de comparaison à partir d'un choix de 32 familles et de plus d'un millier de langues et proto-langues . Il parvient ainsi à mettre en évidence 27 racines universelles qui seraient celles de la langue mère.
  • Selon la thèse de Philip Lieberman, présentée à de très nombreuses reprises depuis 1971, pour que la production de la parole soit devenue possible au cours de l'évolution, il a fallu que la base du crâne fléchisse suffisamment, que le larynx descende, libérant une cavité pharyngale suffisamment volumineuse. C'est à cette condition que l'espace acoustique des sons serait potentiellement assez étendu pour réaliser les contrastes vocaliques universels /i a u/. L'acquisition de cette base anatomique aurait été la condition nécessaire - associée à des développements corticaux et cognitifs importants - pour que nos ancêtres puissent articuler ces sons de parole. L'Homme de Neandertal n'aurait pas possédé cette base anatomique et son incapacité à produire de la parole aurait entraîné sa disparition.
Nous montrerons que chacune de ces théories est entachée d'une erreur fondamentale :
  • Pour Ruhlen il s'agit d'une erreur de méthodologie statistique. Il est facile de vérifier que l'hypothèse nulle ne peut être rejetée. Les ressemblances observées sont très largement dues au hasard : Ruhlen adopte trop peu de racines, beaucoup trop de synonymes, trop de langues par familles et pas suffisamment de formes phonologiques différentes. Les langues parlées actuellement sont peut être issues d'une même langue, mais la démonstration de Ruhlen ne peut être retenue.
  • Pour mener sa démonstration concernant la nécessité de disposer d'un large pharynx pour produire les contraste vocalique /i a u/ Lieberman ne respecte pas les contraintes nécessaires aux simulations de ces voyelles : il s'agit cette fois-ci d'une méconnaissance de l'acoustique du conduit vocal. Celui d'un Néandertalien pouvait générer toutes les voyelles des langues du monde, ce qui d'ailleurs ne prouve pas qu'il produisait effectivement de la parole.


"De l'origine du langage à l'origine des langues."
Christophe Coupé
(Laboratoire de Dynamique des Langues, Lyon)
Résumé : L'idée est de tenter de faire le lien entre l'origine des quelques 6000 langues actuelles et l'origine du langage; en effet, la plupart des modèles informatiques actuels se penchent sur l'origine du langage sur un plan plutôt "conceptuel" (émergence de la catégorisation, de la syntaxe, ou d'un lexique partagé, etc.), mais peu se penchent sur l'apparition et le développement de la diversité linguistique (et donc indirectement du langage) dans le contexte réel de la préhistoire. Je pourrai donc introduire un peu la réflexion sur les grandes familles de langues et les reconstructions, et faire le lien avec l'origine du langage, en mettant l'accent sur les décalages temporels et conceptuels qui existent. Je proposerai alors quelques idées et modèles informatiques pour tenter de relier ces deux domaines.


"De l'origine du langage à la diversification des langues. Hypothèses et données archéologiques."
Francesco d'Errico
(Institut de la Préhistoire et de Géologie Quaternaire, Bordeaux)
Références :
  • L'art mobilier paléolithique de la région Franco-Cantabrique [url]
  • The Invisible Frontier. A Multiple Species Model for the Origin of Behavioral Modernity -- F. D'Errico. (Evolutionary Anthropology, 2003) [pdf]
  • Archaeological Evidence for the Emergence of Language, Symbolism, and Music - An Alternative Multidisciplinary Perspective -- F. D'Errico et al. (Journal of World Prehistory, March 2003) [pdf]
Contact : f.derrico (at) iquat.u-bordeaux.fr


"Des capacités de contrôle orofacial à l'émergence d'un langage articulé : données et simulations dans le cadre de la robotique de la parole"
Jean-Luc Schwartz
(Institut de la Communication Parlée, Grenoble)
Résumé : Dans ce chemin mystérieux susceptible de conduire de capacités sensori-motrices générales au langage humain, nous avons choisi ce qui nous semble être un point de passage privilégié : celui qui pourrait mener de capacités de contrôle orofacial chez les primates non-humains ou pré-humains, à la parole. Nous étudions dans ce projet le contrôle oro-facial dans la communication chez les primates, du singe à l'homme, de Neandertal à Homo Sapiens, des lip-smacks à la parole et au langage, sous l'angle de la neurophysiologie, de la psychologie, de l'anthropologie et de la modélisation dans le cadre de la robotique cognitive.


"Cerveau et comportement des primates: implications pour les théories de l'origine du langage"
Jacques Vauclair
(Centre de Recherche en Psychologie de la Connaissance du Langage et de l'Emotion, Aix-en-Provence)
Résumé : Des études récentes sur la production de gestes etde vocalisations des primates non humains (chimpanzés) et sur leur substrat neuroanatomique seront décrites. Ces recherches montrent qu'une communication référentielle et intentionnelle associée à une asymétrie cérébrale hémisphérique est présente avant l'évolution des hominidés. Ces données nouvelles seront discutées notamment dans le cadre de la théorie de l'origine gestuelle du langage.
 
 
     
  Dernière mise à jour : 2003-09-09 [webmaster]